Paroisse Notre-Dame-de-Foy - Menu



Notre courriel

Cliquez ici, pour revenir à l'ACCUEIL
Agrandir


Paroisse Notre-Dame-de-Foy - Mouvements
Aide à la lecture: - Essayez touches : Ctrl+ Ctrl- agradir ou réduire les caractères  
Conférence de Mgr Maurice Couture
donnée dans notre paroisse
13 septembre 2010,
dans le cadre d'une activité qui invitait
à la réflexion sur la fraternité.
13 septembre 2010 Paroisse Notre-Dame-de-Foy

Les défis de l’expérience de la vie fraternelle dans la paroisse actuelle et les filons à exploiter.


Monsieur Alain Cournoyer a énoncé ainsi le sujet qu’il m’a demandé de traiter ce soir : les défis de l’expérience de la vie fraternelle dans la paroisse actuelle et les filons à exploiter. Toute une commande ! D’autant plus que je vais m’imposer d’introduire le sujet par une démonstration préalable qui me paraît indispensable et que j’intitulerais: sans vie fraternelle, la communauté paroissiale n’existe pas. Et pour être encore plus percutant, j’ajoute : la paroisse supermarché des services religieux est vouée à la mort lente.

J’exagère à peine. A preuve, ces hauts lieux de la consommation des sacrements que sont les églises et qui sont liquidées faute de ressources pour les faire vivre. L’explication me semble simple : les communautés qui entourent ces églises se sont trop limitées à une des quatre fonctions des vraies communautés : le culte et la dispensation des sacrements. Le reste se vivait ailleurs : l’éducation de la foi à l’école, l’engagement pour la justice dans les syndicats et les clubs sociaux, et le partage par nos impôts, la TPS et la TVQ ! La vie fraternelle : un incontournable pour la communauté :

Je viens de vous rappeler les quatre dimensions de toute communauté chrétienne : qu’il s’agisse d’une communauté religieuse, d’un mouvement chrétien, comme les cursillos ou la Vie Montante, ou d’une paroisse. Le modèle classique de la communauté chrétienne, l’idéal que la Parole de Dieu nous propose, c’est la description qu’en font les Actes des Apôtres (2, 42-47), ce livre du Nouveau Testament qui raconte l’histoire de l’Église primitive au temps des Apôtres. La première communauté de Jérusalem a servi de modèle aux autres que saint Paul en particulier va établir dans l’Empire romain à la faveur de ses tournées d’évangélisation.

Les deux composantes majeures de la vie de la communauté étaient la prière et l’enseignement des apôtres, autrement dit ce qu’on avait retenu des faits et gestes de Jésus et de ses propos et qui sera codifié dans les quatre évangiles.

Ces deux composantes se retrouvaient dans le culte : on allait prier au temple avec les Juifs, et on se réunissait dans les maisons spacieuses des convertis les mieux nantis pour célébrer l’eucharistie selon le rite de la dernière cène, c’est-à-dire à l’intérieur d’un repas. Rappelons-nous les reproches que saint Paul fait aux membres de la communauté grecque de Corinthe : on se regroupait entre amis sans s’occuper des autres et on festoyait un peu fort, ce qui enlevait de la dignité au rite eucharistique (1 Co 16, 17-33). On peut s’expliquer qu’on en soit venu au jeûne eucharistique et qu’ainsi la fraternisation en ait été diminuée. De nos jours, au lieu d’être tournés les uns vers les autres dans nos églises, on est en «rangs d’oignons». D’ailleurs, les églises chrétiennes ne sont apparues qu’au début du quatrième siècle, avec l’empereur Dioclétien qui s’est converti et a réparé les persécutions de ses devanciers en dotant les Églises de lieux de culte jusque là plus ou moins clandestins ou carrément interdits par l’État.

Les Actes résument le tout par la formule : Les premiers chrétiens étaient fidèles à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle et à la prière (2,42). Cette communion fraternelle prenait plusieurs formes très avancées : les repas pris en commun, la table étant depuis toujours et sous tous les cieux le haut-lieu de l’amitié; le partage de ses biens comme dans une famille, de sorte «qu’il n’y avait pas de pauvres parmi eux», précisent les Actes au chapitre 4, verset 34. A quelques reprises, dans les Actes et les lettres de saint Paul, on mentionne que les membres des communautés étaient «unanimes» dans la prière et les relations humaines : «ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme».

C’est dire que la vie fraternelle, dans une communauté chrétienne digne de ce nom, n’est pas seulement une vague caractéristique. C’est plus qu’une note distinctive, une «marque de commerce», c’est une dimension constitutive, autant que les trois autres, et même antérieurement aux trois autres. Dans les sessions Alpha, qui s’adressent aux commençants dans le cheminement de foi, la première rencontre des candidats consiste en un repas pris ensemble, pour apprendre à se connaître tout simplement.

Il n’y a rien d’étonnant à cette priorité de la vie fraternelle : elle découle de la nature humaine. La philosophie nous dit que l’être humain est un animal sociable autant que raisonnable, et la psychologie ajoute que cet être humain a besoin d’aimer et d’être aimé. L’Évangile part de là pour ainsi dire, avec son double premier commandement : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même.

La vie fraternelle en paroisse hier et aujourd’hui.

La paroisse comme telle n’est pas d’abord une communauté : elle est une division administrative d’un diocèse. Elle est une structure de services dont le but est d’aider les chrétiens et les chrétiennes à vivre leur foi dans toutes ses dimensions.

A l’époque de l’unanimité religieuse qui régnait chez nous, et que les plus de 60 ans ont connue, la paroisse servait de cadre juridique à une communauté presque naturelle, principalement dans les zones rurales qui ont longtemps regroupé la majorité de la population avant l’ère industrielle. Les gens se connaissaient, les liens de parenté rejoignaient souvent les familles, et l’église était la plaque tournante de la vie paroissiale dans une société «tricotée serrée».

V.g. le «perron de la messe», les rencontres dominicales. L’enfant de 12 ans, qui «marchait au catéchisme», pouvait identifier les «propriétaires» des bancs à l’église. Les nouvelles circulaient là où on dételait les chevaux. Aujourd’hui, la minorité qui vient à la messe arrive tout juste à l’heure et s’en retourne illico presto. On se disperse dans les bancs et on occupe l’église comme on emplit une chaudière : par le fond d’abord!

Le partage se vivait alors sous forme d’entraide (les relevailles, les corvées), l’enseignement religieux et l’apprentissage de la foi s’acquéraient en symbiose (l’école, la famille et la paroisse) et la pratique sacramentelle ne souffrait guère d’exception.

Pourtant les germes du décrochage massif que nous avons connu depuis étaient déjà présents derrière cette façade d’unanimité. Nous risquons d’idéaliser notre passé religieux comme d’autres n’y voient que la «grande noirceur». Lorsque les gens se laissaient tirer l’oreille pour entrer lorsque la messe était commencée, que les hommes sortaient sur le perron de l’église pour fumer durant le sermon, que les jeunes se massaient dans un coin du jubé où le curé… et les parents ne les voyaient pas, seule la pression sociale les retenait à l’église, comme maintenant la pression sociale inverse a fait déserter les églises.

Cette désertion des églises a plusieurs causes qui convergent vers le même résultat : les fins de semaine envahies par les activités sociales et sportives, le manque de foi dans l’eucharistie, le rythme hebdomadaire jugé trop contraignant, «l’indigestion» du religieux, la désaffection par rapport à l’Église, et la liste pourrait s’allonger. Mais quand je vois l’influence des sectes dont le message est d’une pauvreté évidente quand ce n’est pas d’une aberrance totale, quand je vois la progression phénoménale chez nous, mais surtout dans certaines régions de l’Amérique latine, de la mouvance évangélisatrice, je dois être attentif à l’un des aspects qui caractérise l’approche de ces groupes : c’est précisément l’attention aux personnes qui donne l’impression d’être considérées et accueillies personnellement et rejointes dans leur condition propre. Ce qu’elles reçoivent, ça n’est guère l’enseignement des apôtres, ça n’est pas l’eucharistie; l’entraide matérielle qu’on peut y recevoir est sans doute moins importante que les contributions qu’on y verse, mais l’affectivité est exploitée au maximum. Je ne souhaite pas que nos paroisses adoptent ce style d’animation que nous montrait l’émission de Second Regard récemment, mais nous n’avons pas le choix de développer des liens personnels et des occasions de vie fraternelle. Nos rassemblements doivent permettre la rencontre des personnes bien au-delà de la poignée de mains du signe de paix avant la communion. Si la génération actuelle des pratiquants du dimanche semble vouloir s’en passer bien souvent, la génération montante ne sera pas au rendez-vous si le désir de fraterniser n’est pas un élément majeur de sa motivation.

En voici deux exemples :

1- Une jeune m’invite à présider une eucharistie pour son groupe. Elle me demande : «Allez-vous être pressé? Nos messes durent deux heures». De toute évidence, la fraternisation et les échanges ont pris beaucoup de place dans la célébration. Par contre, je ne suis pas sûr que ces mêmes jeunes sont allés à la messe le dimanche suivant...

2- Le jeune homme qui trouve la première partie de la messe intéressante «si l’homélie est vivante, surtout si elle est partagée, mais «plate» à partir ou le prêtre «fly tout seul»! Ignorance, bien sûr, du sens de l’Eucharistie, mais appréciation symptomatique des attentes des jeunes.

La vie fraternelle demain ou les filons à explorer.

En abordant cette dernière partie, je dois vous faire un aveu. Autant j’ai dû me contenir pour ne pas déborder de mon temps dans la première partie de mon exposé, autant je me sens à court d’idées pour vous apporter du neuf comme filons à explorer.

J’ai beau interroger mes souvenirs de visites pastorales; j’ai même soumis au supplice mes confrères qui ont été curés en Abitibi, à Longueuil, à la paroisse Saint-Vincent-de-Paul de Québec. Je ne pense pas avoir recueilli des initiatives autres que ce que vous faites déjà dans votre paroisse de Notre-Dame-de-Foy ou dont vous avez pu entendre parler. D’autant plus que je dois éliminer ce qui n’est possible qu’en milieu rural ou qui est franchement dépassé en milieu urbain.

1- Comme principe général, je pense que la vie fraternelle en paroisse doit graviter autour des évènements qui rythment la vie des gens : quand une église dispose de locaux subsidiaires pour réunir les gens à l’occasion des funérailles, des baptêmes, voire des mariages, la communauté peut devenir un pôle de vie fraternelle de type familial. V.g repas après les funérailles, voire salon mortuaire dans les campagnes. Je connais une communauté paroissiale semi-urbaine qui offre les repas après les funérailles, grâce à une équipe de bénévoles chevronnées : une économie pour la famille endeuillée et un revenu pour la fabrique!

2- Le début de l’année scolaire est un épisode important au plan familial : la bénédiction des sacs d’école, la remise du Nouveau Testament sont appréciés.

3- La dimension «bouffe» lors des catéchèses aux jeunes et aux adultes bénévoles. : manger ensemble est l’occasion de créer des liens.

4- On a connu des fêtes de la fidélité, autrement dit des anniversaires de mariage, de profession religieuse et d’ordination. Encore pertinent malgré les familles reconstituées et les couples refaits qui se multiplient.

5- De plus en plus, le dimanche de la catéchèse (3e dimanche de septembre) est souligné dans les paroisses : présentation des programmes offerts, des catéchètes, etc.

6- Présentation de témoignages reliés à la prédication du dimanche.

7- «Conventum» des bébés baptisés à l’église? Suppose que les baptêmes communautaires ont permis de créer des liens durables.

8- D’une façon courante, faire que les familles se présentent les unes aux autres à l’occasion des baptêmes communautaires, des premières communions et des confirmations.

9- Joindre des mouvements à l’animation des messes (chevaliers de Colomb, Filles d’Isabelle, cursillos, Vie Montante) : lectures, présentation des offrandes. Une occasion de publiciser les groupes et d’accroître la vie communautaire.

10-De temps à autre, impliquer les jeunes dans l’animation : premiers communiants, confirmands, brebis de Jésus, ados, etc.

11-Exemples classiques :

Accueil à l’entrée de l’église, appeler les enfants autour de l’autel pour le pater. Les enfants doivent être bienvenus dans l’église, même s’ils peuvent être dérangeants à l’occasion.

En un mot, rien ne doit être épargné pour relever le défi de la vie fraternelle en Église, même si plusieurs facteurs jouent en sens inverse. Les attentes des jeunes doivent nous inspirer : la JMJ, le forum de jeunes. Vous les «soupçonnez de ne chercher qu’à fêter entre jeunes? Rien d’étonnant : il faut partir de là. L’Eucharistie est le sommet de la vie chrétienne. Avant d’atteindre le sommet, il faut faire l’ascension graduelle de la montagne.

+Maurice Couture, s.v.


P.S : Placé sur le site à la demande de Patrice Breton ptre
Vicaire Paroisse Notre-Dame-de-Foy
, Québec

Paroisse Notre-Dame-de-Foy - Mouvements