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Paroisse Notre-Dame-de-Foy - Liens

Dernière messe à l'église Saint-Denys
14 mai 2009

Homélie de Denis Bélanger, ptre, v.é.
Fermeture de l’église Saint-Denys Le 17 mai 2009

1Jn 4, 7-10; Jn15, 9-17 Admirable page de saint Jean qui est un hymne à l’amour. Des mots prononcés « à l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père… », c’est-à-dire peu de temps avant son agonie et sa mort. Des mots qui représentent le sommet du message de Jésus, la veille de l’élévation de la croix où il attirera tous les hommes à lui. Des paroles qui constituent son testament, comme votre présence ici cet après-midi est un vivant testament, tout rempli de votre foi et de votre amour, alors que, rassemblés autour de la table de la Parole et de la table eucharistique, nous allons

mettre fin aux célébrations sacramentelles dans cette église. Un jour, une des quatre moniales qui restaient dans un monastère disait à un vieux dominicain sage qui l’écoutait : « Je suis sûre que Dieu ne laissera pas mourir le monastère. » Et le vieux dominicain lui répliqua : « Il a pourtant bien laissé mourir son Fils ». Cette église va être fermée au culte : voilà aussi une forme de mort. Jésus, la veille de sa mort, nous appelle ses amis, quand il dit : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis »; et depuis ce temps, nous savons bien qu’amitié et don de la vie sont liés. Jésus entre dans la mort à cause de son amitié pour nous, parce qu’il savait bien que nous sommes tous promis à la mort. Et


puisque nous sommes ses amis, nous pouvons aussi partager sa mort. Il nous est possible de vivre la fermeture de cette église comme des amis de Jésus qui, à cause de lui, osent affronter la mort, non seulement notre mort personnelle mais aussi les morts que traverse notre Église. Nous sommes cet après-midi des amis qui sont invités à partager le chemin du Christ. Et si selon sa promesse, la vie est plus forte que la mort, nous reconnaissons bien que, souvent, la vie passe par la mort. Nous pourrions nous demander quel sens spirituel émerge de cet événement qui a été préparé, discerné par toute une communauté mais qu’en même temps, individuellement, nous n’avons pas le choix de vivre. Peut-être pouvons-nous dire que la mission pour

laquelle cette église avait été construite s’est réalisée et qu’ici a souvent été vécu ce que le Seigneur souhaitait. Nous pouvons aussi comprendre que la mission qu’elle incarnait, d’abord vécue dans la paroisse Saint-Denys et ensuite dans la paroisse Notre-Dame-de-Foy, se poursuit maintenant sous une autre forme dans d’autres lieux. Et nous pouvons trouver une grande consolation dans le fait que les lieux mêmes dans leur architecture vont survivre et resteront d’une autre façon un lieu de repos, de connaissance, de silence et de paix. Mais il n’en reste pas moins que tout moment final nous serre le coeur : Jésus s’est troublé devant le tombeau de Lazare. Au moment où tant de personnes


rassemblées ici cet après-midi viennent donner un baiser d’adieu au lieu sacré qu’elles ont tant aimé et où elles ont été engendrées dans la foi, on peut comprendre qu’on soit remué par des formes de désolation qui sont voisines de la mort. Moi-même, j’ai grandi à Québec et cinq des églises ou chapelles les plus significatives de ma vie sont aujourd’hui fermées ou démolies. Même comme prêtre, je n’ai pas facilement compris que la merveille de la résurrection, par la grâce de Dieu, se déploie plus solidement en nous si nous avons été un jour ébranlés par le côté absurde de la mort. J’avais un oncle, décédé depuis des années, qui habitait dans Saint-Denys. Il s’était blessé sérieusement un jour d’hiver en

glissant dans une entrée alors qu’il distribuait les enveloppes de la capitation. Il en avait souffert, mais une fois les choses vécues, elles ont pris sens et au fond de lui, il réalisait que son attachement pour son Église était marqué dans sa chair. Vous aussi, en vous regardant, je pressens tellement d’événements spirituels, tellement d’efforts pour soutenir la mission vécues ici durant toutes ces années, que je sais que ces choses comme ces lieux sont inscrits pour très longtemps en vous-mêmes. Chers amis, nous sommes conviés, à travers le vécu d’aujourd’hui, à devenir des signes de vie et de résurrection. Nous allons dans un instant affirmer dans le Credo notre foi dans la résurrection. Mais nous situons cette résurrection à la fin des temps, dans

un devenir si lointain que nous ne croyons plus qu’elle se trouve tout près de nous dans la personne de Jésus qui nous accompagne. La mort et la résurrection, c’est ce que nous sommes aussi appelés à vivre ici et maintenant. « Demeurez dans mon amour, dit Jésus. Je vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit et que votre fruit demeure ». Ce fruit est le fruit de l’amour selon Dieu. On raconte qu’un jour un rabbin demandait à ses élèves : « À quoi pouvez-vous reconnaître que la nuit a pris fin et que le jour revient? » Un élève suggère : « Quand vous voyez clairement au loin qu’un animal est un bœuf plutôt qu’un cheval ». « Non, dit le rabbin ». Un autre dit : « C’est lorsqu’on peut distinguer qu’un

arbre porte des pommes plutôt que des poires ». « Non, dit le rabbin. C’est quand vous pouvez regarder le visage d’une autre personne et constater que cette femme ou cet homme est votre sœur ou votre frère. Et tant que vous n’êtes pas arrivés à cela, quelle que soit l’heure du jour, pour vous, c’est encore la nuit. » Seigneur, fais de nous des enfants du jour, des signes de fraternité et de vie. Sans doute, nous sommes imparfaits et faibles. Mais nous savons que nous sommes aimés faibles et c’est cela qui fait notre force. Une dernière fois, faisons eucharistie sur cet autel, qui représente le tombeau du Christ d’où il surgit vivant dans le pain et le vin consacrés. Comprenons qu’à chaque fois que nous venons déposer sur l’autel les


morts de notre vie, le Père qui nous aime nous relève de nos morts avec le Christ pour faire de nous des hommes et des femmes renouvelés par son amour. La véritable Église de Dieu, c’est nous, temple fait de pierres vivantes, dont les pierres de nos églises paroissiales ne sont que le symbole. Que l’Esprit-Saint nous cimente les uns aux autres dans la foi, pour bâtir cet édifice harmonieux dont le Christ ressuscité est la pierre d’angle à jamais. Amen.

Denis Bélanger, ptre, v.é.